En quête d’un successeur, le 5è patriarche Gunin ou Konin (601-674) demanda à ses disciples de composer un poème. L’instructeur des moines Jinshu tenta à treize reprises d’aborder le patriarche pour lui dire un poème qu’il avait composé, mais il se couvrait de sueur et renonçait à chaque fois. Il décida de l’écrire à la vue de tous sur le mur du corridor sud qui était déjà décoré de textes sacrés comme le Laṅkāvatāra Sūtra ou la lignée des patriarches. Il écrivit :
Ce corps est l’arbre boddhi(*),
Cet esprit(**) est comme un miroir brillant
Sans cesse nous les époussetons et essuyons
Afin qu’aucune poussière ne s’y attache.
Cette stance déplut au 5è patriarche. Il convoqua Jinshu et lui dit
— Pour atteindre l’illumination il faut être capable de connaître spontanément son propre cœur et sa propre nature. Il faut être à même de voir tout à tout moment… Retirez vous pour y réfléchir quelques jours et soumettez moi un nouveau poème. S’il démontre que vous avez franchi la porte de la boddhi alors je vous transmettrai la robe et le dharma.
Deux jours plus tard un jeune garçon récita ce poème devant les cuisines et Eno l’entendit. Eno était un arborigène illettré, dont l’esprit avait pourtant intrigué le 5è patriarche. Il évitait de lui parler directement et lui avait confié des tâches subalternes, pour éviter que les autres lui fassent du mal. Il n’assistait ni aux teishos, ni aux zazen.
Eno se rendit sur les lieux avec le jeune garçon et fit écrire son poème sur le mur par un officier qui se trouvait là.
Il n’y a pas d’arbre de la Boddhi,
Ni cadre, ni miroir brillant.
Tout est nature de Bouddha parfaitement vide,
Où donc pourrait adhèrer la poussière ?
Eno peint par Reika Vendetti alias JC Gaumer qui m’a enseigné le zen à Carcassonne.
Eno reçut ainsi la transmission et devint le 6è patriarche Houei- Nêng (638-713) fondateur du T’chan , le Zen en Chine. Il dut partir et se cloîtrer sur les conseils du 5è patriarche. Eno est son nom japonais. Gassho pour Eno et Reika !
La vacuité c’est pas facile à assimiler, mais petit à petit on peut franchir la porte en pratiquant zazen. Rien ne peut être obtenu par l’esprit sans pratique !
© Daniel BuKō HōTen
Photo entête : Les nuages en pointillé sur la montagne comme un poème ! (la Réunion Cilaos vue en allant à bras sec mars 2013)
(*) arbre de l’éveil
(**) shin c’est le centre de l’être, le cœur et l’esprit.
En savoir plus sur La pierre de jade
Subscribe to get the latest posts sent to your email.


Je connaissais cette histoire! Elle me fascine toujours.
En ce moment je lis Wayne dyer, il nous rappelle que par définition la vie est illusion. Pour preuve ce que vous étiez à 5 ans n’existe plus, toutes vos cellules ont changé, votre image, vos connaissances. Et pourtant vous êtes toujours le même quelque part… Quelque part ou réside nulle part: la vacuité !
Merci pour ce partage!
Histoire fondatrice du zen…très connue mais tellement importante que j’avais oublié de la raconter jusqu’à présent ! C’est en faisant un commentaire sur le blog de notre ami Shu_do http://unriendutout.wordpress.com/2013/03/08/seul/ que j’y ai pensé…