SATORI

Le 7 avr. 2026 à 19:31, Michel Proulx <proulx-michel@wanadoo.fr> a écrit :

Satori est le « gérondif » (si l’on peut utiliser cette expression pour un verbe japonais) du verbe satoru (悟る) 

dont le sens est 

1- sentir; percevoir; remarquer; discerner; prendre conscience de

  • 彼 は ついに 自分 の 誤り を 悟った 。
  • Enfin, il réalisa son erreur.

2. comprendre; réaliser ; s’apercevoir

  • 彼 は ドイツ語 で 自分 の 言い たい こと を 伝える の は 難しい と 悟った 。

Il s’aperçut qu’il avait du mal à se faire comprendre en allemand.

3. obtenir l’Eveil (Bouddhisme)

L’idée de base reste celle de vaincre l’ignorance, et de connaître notre vraie nature

Pas plus que chez nous, dans le Rinzaï, on « espère avoir le satori ». L’Eveil fait partie intégrante de la pratique-étude bouddhiste. La grosse différence (et grave point de contention entre les deux écoles), c’est que dans le Rinzaî on travaille activement à l’obtenir, en travaillant des séries de kôans, dont tu peux avoir des exemples dans le recueil des kôans de maître Dôgen.

Nous, dans le Sôtô, nous travaillons activement à accéder à l’Eveil, avec ce truc tordu où on ne cherche pas à l’obtenir. On ne cherche pas à l’obtenir, pour éviter de courir après une idée fausse de ce que cela pourrait être. Tout le truc du 無所得  (mushôtoku
[Nom commun: 

1- être sans revenu (sens japonais moderne et courant)
2- état de non-attachement; détachement; ne rien rechercher (Bouddhisme)]

Il y a une idée importante dans ce concept: cette idée est proche parente des arts martiaux, où l’on t’enseigne à être « ouvert », parce qu’une posture « fermée » va t’empêcher ou te retarder lorsqu’il faudra prendre la défense adéquate à une attaque. Autrement dit, si tu attends une attaque spécifique, et te prépare pour celle-ci, tu risques d’être pris au dépourvu si l’attaque qui vient est une autre. 

Dans le cas des expectatives, on a ces personnes qui voudraient maigrir, mais qui se découragent en regardant dix fois par jour leur balance dans l’espoir de voir un résultat. 

Evidemment, dans notre cas, ce n’est pas parce qu’on est sans attachement (ici à une idée, un concept) qu’on ne doit pas faire les efforts nécessaires. Bien au contraire, mais faire ces efforts sans en attendre quelque chose est paradoxalement plus productif, car lorsqu’un résultat arrive (ou est constaté) il arrive comme une surprise.  

C’est ce que j’ai fait lorsque j’ai décidé de  m’assouplir pour ne plus souffrir en zazen. J’ai (à 50 ans) entrepris ces exercices en me disant que je n’aurais probablement pas de résultats très transcendants, mais qu’au moins cela m’aiderait à ne pas me détériorer trop vite. C’est pourquoi j’ai été très étonné, au bout d’un an de pratique quotidienne de voir que j’étais plus souple que je ne l’avais jamais été, même bien plus jeune. Mais j’avais fait ces exercices en me créant une routine et en oubliant le résultat souhaité.

Il est important de constater et d’observer les Trois Poisons: avidité, aversion et ignorance.

L’avidité nous pousse à vouloir toujours plus de ce qui nous plaît, nous tente, nous ravit. Elle nous pousse à remplir le puits sans fond des satisfactions qui nous donnent l’impression d’exister.

L’aversion nous pousse à toujours rejeter tout ce qui nous déplaît, tout ce qui gêne notre volonté de concrétiser notre existence personnelle, 

Déjà qu’on sait bien que tout ce qu’on désire et aime n’est pas nécessairement bon pour nous. Se gaver de gâteaux parce qu’on les aime n’est pas une bonne idée au plan alimentaire, par exemple. Et ce qui est bon pour nous suscite parfois une aversion assez forte: certains médicaments, l’effort physique ou intellectuel, bref, j’en passe.

Le troisième poison, l’ignorance, est celui qui nous fait ignorer que nous sommes indissociables de notre environnement. Comme on dit  à Pau: si on cague n’importe où, on va finir par marcher dedans… 

C’est pour cela qu’il y a des petits satoris et de grands satoris. Prendre conscience, par exemple, de ce que l’impatience ne nous fera jamais aller plus vite, ou qu’avoir soin des autres peut être aussi avoir soin de soi-même; que les paroles des autres ne peuvent pas nous blesser sans notre participation; et tout un tas de petites choses, sont de petits satoris. D’un coup, on voit clair dans un truc idiot qui nous prenait le chou jusque là. 

Un des grands satoris, c’est voir sa propre nature. Tous les grands mystiques ont eu cette expérience. D’un seul coup, ils voient qu’ils sont l’univers et que l’univers est eux, que ce qui touche un autre les touche aussi, etc.

Le satori ultime, c’est bien de comprendre de façon irréfragable et plus qu’intime que la forme est vacuité et que la vacuité est forme. Mais même ceux qui l’ont eu ne peuvent le communiquer…

Bref, oui, le satori fait partie de notre pratique, non il ne faut pas chercher directement à l’obtenir, et oui, il faut tout faire le nécessaire pour y arriver. En fait de kôan, c’en est un pas mal… 😂