1. La Pratique du zen

Zazen (*) ce n’est pas compliqué. Il suffit de <s’asseoir sur son zafu> et de laisser aller inconsciemment, automatiquement et…naturellement. Deshimaru le répétait souvent.

le Kenrokuen garden Kanazawa. Août 2010

Pour aider les débutants on fait souvent des comparaisons pour essayer d’expliquer zazen.

«Laisser passer les pensées, comme des nuages dans le ciel…». Moi, personnellement je n’ai jamais aimé cette image. Les nuages, ils sont bien là où ils sont, dans le ciel, pas besoin de passer ou d’aller d’un côté ou de l’autre. Les pensées sont bien comme elles sont, là où elles sont.

Pratiquer zazen c’est marcher sur un fil.

Il me vient plutôt une autre image pour décrire ce qui se passe en zazen, c’est celle du funambule. Pratiquer zazen c’est monter sur un fil comme le funambule. Essayer, revenir, corriger, sans arrêt recommencer. Si le funambule se met à penser à autre chose, hop, il tombe ! Ce n’est pas grave il y a un filet. Pour zazen c’est pareil, ce n’est pas grave, il n’y a que vous pour le remarquer et revenir sur le fil. Peut être qu’un observateur attentif remarquera que vos pouces se sont légèrement affaissés ou que le dos s’est un peu tassé … mais, au fond, il n’y a que vous sur le zafu, personne d’autre ne viendra prendre votre place.

Le premier principe de Dôgen c’est «zazen et satori (l’illumination) sont unis, ne forment qu’un».

Dôgen a beaucoup insisté sur la pratique de zazen. Cela veut dire à la fois qu’il ne faut pas chercher à acquérir l’illumination et que la nature de bouddha est en nous naturellement . Pas besoin d’essayer d’aller au delà, de l’autre côté du fil. Quelque fois on arrive presque de l’autre côté du fil mais on retourne vite d’où l’on vient, on se dit qu’il ne faut pas oublier les autres, que tous les autres doivent passer de l’autre côté. Pratiquer zazen c’est pour les autres. La pratique de zazen est une démarche individuelle, mais c’est pour les autres, pour être le cosmos tout entier, comme disait Deshimaru.

 

Le fil dans zazen c’est la verticalité. C’est pour cela que l’on pousse le ciel avec le sommet de la tête, là où les cheveux naissent. La verticalité c’est, ainsi que l’écrit Dôgen : «Le nez vertical et les yeux horizontaux». Le nez à l’aplomb des mains, des pouces. La position des mains est importante pendant zazen. Les pouces se touchent à peine, ils forment ni une montagne quand il y a trop de pensées, ni une vallée quand on s’endort. Les pouces c’est la perche du funambule, horizontaux comme la perche qui maintient l’équilibre en contrepoids. Essayer, tenter de monter sur le fil, tomber, laisser la raison de côté, recommencer, continuer zazen…

«Corps et esprit sont unis et ne forment qu’un», autre principe de Dôgen. C’est par la pratique de zazen que l’on peut pleinement et naturellement s’imprégner du moment présent, c’est la pratique éprouvée et certifiée par le Bouddha et tous les maîtres du zen Sôtô. La raison essaie toujours de capturer les idées, d’acquérir les concepts, de figer l’instant comme une photo souvenir. Pendant la pratique physique de zazen on peut libérer son cerveau et, comme le funambule, être pleinement au service de l’instant présent. Dôgen a aussi dit « Etudiez les enseignements du Bouddha, mais n’oubliez pas l’instant présent». Ne pas vouloir capturer les enseignements du Bouddha et de tous les maîtres qui lui ont succédé, les étudier et revenir à l’instant présent, abandonner son égo, tel est l’enseignement profond du zazen, du zen Sôtô.

(*) voir glossaire

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