Ne regardez pas avec des yeux ordinaires

« Ne pas regarder avec des yeux ordinaires«  : souvent dans le zen on utilise des formules comportant une négation parce qu’on ne peut pas faire autrement. Mais n’allez  pas conclure par la formule « il faut regarder avec des yeux extraordinaires ». On ne recherche pas l’extraordinaire, mais la simplicité. Ainsi cette formule ne peut être utilisée que dans sa construction négative.  Là il y a des choses à dire !

Cette formule ne regardez pas les choses avec des pensées et des regards ordinaires est tirée de Dôgen « Instructions au cuisinier zen. »  C‘est également  le poème figurant sur mon rakusu de Bodhisattva

On peut appliquer cette formule à l’art en général et à la musique ou à toutes choses.

Ne pas se fier immédiatement à ses sentiments ordinaires c’est ne pas suivre obligatoirement ses pensées analytiques, celles qui séparent, qui divisent. Revenir en arrière dans ce type de pensée, ne pas laisser aller des vues stéréotypés, des idées toutes faites, ou  plus généralement les idées bien pensantes.

C’est à la fois garder son esprit jeune, comprendre ses pulsions primaires et aller au-delà, ne pas s’attacher simplement aux sentiments ordinaires, mais aller au-delà. On retrouve le lâcher-prise comme une dimension supérieure de l’être.

Dôgen prend l’exemple d’un bouillon d’herbes sauvages. « Qu’il ne vous inspire aucun sentiment de dégoût ou de mépris. Où il n’y a pas attachement, comment y aurait-il hostilité ? « . Il compare à un riche potage crémeux.

Des solistes de renom se joignant à un orchestre amateur transforme le bouillon en riche potage crémeux, ils appartiennent à la splendide demeure du Bouddha, nous dit Dôgen.

Si vous construisez une telle demeure, si vous élaborez un tel potage, que votre coeur ne bondisse pas de joie.  Avec cette feuille de légume que vous tournez dans vos doigts, faîtes que cette infime brindille proclame sa Loi. Ainsi quand vous avez une matière grossière , ne la traitez pas sans égard, poursuit Dôgen, faîtes preuve envers elle d’autant de diligence et d’attention que si vous étiez en présence d’un objet précieux.

Si votre esprit change selon la qualité de la personne que vous rencontrez, ce comportement n’est pas celui d’un homme qui pratique la voie… Puissiez vous mener votre travail à la perfection jusqu’au moindre détail… Quand vos pensées fugueuses et dispersées reculent et font retour sur elles-même, ne serait-ce qu’un instant, notre nature originelle apparaît automatiquement et toutes choses sont égales et en harmonie.

L’harmonie est présente partout quand on sait ne pas regarder avec les yeux ordinaires qui séparent, qui comparent, qui cherchent la différence. Au contraire domptons nos pensées fugueuses et dispersées, nos pensées habituelles. Regardez les choses telles qu’elles sont  sans les dévaloriser ou les sur-valoriser. Tout un programme !

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