grass straw and lens flare against dark background

Le monde différent des Bouddhas

Le livre de Dominique Blain SENSEI (Albin Michel juin 2011) est très intéressant pour quelqu’un qui a rencontré Taisen DESHIMARU (Sensei(*)) lors de sesshins(*) (période 1979 – à sa mort en 82). Je vous le conseille, il permet de mesurer le grand écart entre les civilisations orientales et occidentales. Lui qui a connu très intimement son maître Kodo Sawaki, qui a connu la guerre, et le satori(*) sur un bateau militaire rempli d’explosifs bombardé par l’aviation américaine. Il a dit lors d’une de ces sesshins à laquelle je participais, qu’il a fait zazen sur le pont du bateau pendant cet instant très intense du bombardement, en confiant sa destinée aux Bouddhas… Il en est sorti indemne, le bateau n’a pas coulé. Quand on lit ce livre où toute sa vie est passée en revue, nombres d’anecdotes se succèdent… mais on croit rêver et rencontrer un être imaginaire, un bouddha sur terre. Il a connu les plus grands de son époque. (Maurice Bejart pour le plus proche, Mitterand, Dalida, Picasso, Henri Miller, Simone Weil, etc.), et ses voyages…Il fut très impressionné par le gorille en cage à New York qui faisait zazen sans bouger, juste les paupières de temps en temps, et devant sa cage était indiqué « animal très dangereux, attention ! »

Une citation de ce livre est très belle, et je viens de remarquer qu’elle n’est pas de Sensei lui même, mais de sa mère ! C’est la réponse qu’elle lui donnait lorsqu’il posait des questions au sujet de la religion !

Mon dernier article traitait justement de la logique et qualifiait de perturbante celle de Kant puis celle d’Hegel du tiers exclus. C’est exactement ça que j’avais en tête, ce monde des Bouddhas qu’on ne peut comprendre avec notre logique d’homme, mais il vient à nous grâce à la pratique quotidienne de zazen.

Dōgen écrit : le zazen porte sans fin le Dharma (*) des Bouddhas. Cela ne se limite pas à la seule pratique de la méditation assise, c’est le coup de marteau qui fait entrer le vide en résonance, avant et après…Comment cette vibration universelle pourrait-elle se limiter à un seul instant ?

Gyōji (l’effort continu dans le maintien de la pratique) nous permet d’appréhender ce monde des Bouddhas comme un écho qui résonne en nous, un coup de marteau qui entre en résonance sans fin avec le cosmos tout entier.

(*) voir le glossaire

© la Pierre de Jade danielbukohoten.com


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