les discours pour lui

Ordinairement le grand-père meurt avant le père, le père avant le fils… et le petit- fils devient grand-père et c’est le cycle de la vie, sauf accident. On se prépare à la mort toute sa vie. On se dit « un jour je devrai partir et laisser mes enfants, ils auront de la peine », mais cette fois Gilles est parti avant nous, il a laissé ses parents. Gilles est parti à l’âge de 33 ans. Il a eu une belle vie, pleine. Il aurait eu 34 ans hier.
Crémation de Gilles -Une musique pour rappeler son amour pour l’Amérique latine nous fend tous le coeur (Por que te vas)

saxo

 

La peine est là parmi nous tous mais il ne faut pas rajouter de la souffrance à la souffrance. Dans le bouddhisme, on se prépare à toute éventualité de la vie. Selon la façon avec laquelle on va recevoir telle ou telle épreuve, dans la souffrance on va se réjouir ou se lamenter. Kodo Sawaki, maître zen de Deshimaru qui est venu nous enseigner le zen en France dans les années 1970, Kodo Sawaki écrit « Devant une maigre soupe de riz, on peut se lamenter, mais devant la même soupe de riz on peut aussi se réjouir ». Est-ce que l’on peut se réjouir devant cet accident, devant la dépouille mortelle de Gilles, là devant nous, malgré cette peine, ou va -t-on se lamenter…. en pensant « je n’ai pas mérité ce qu’il m’arrive » ?

Gilles était bouddhiste dans l’âme, il a pris les vœux de bodhisattva lors d’une conférence publique en présence du Dalaï Lama, comme moi avant d’être moine zen. Hier nous avons célébré devant son cercueil une cérémonie  dans la pure tradition du bouddhisme tibétain, avec lama Tsultrim venu de Strasbourg. Pour qu’ils soient entourés des plus grands, là haut, là où il est.

Il y a une histoire dans le bouddhisme tibétain : Marpa, qui était un grand lama laïc, le maître de Milarepa, était un paysan, il avait une famille, une  femme, des enfants, il a perdu son fils. Aussi ses disciples le voyant attristé, le voyant pleuré, l’un d’entre eux est venu le voir et probablement pour partager sa peine lui a demandé « Maître, vous qui nous avait enseigné que tous les phénomènes sont illusoires,  pourquoi pleurez vous la mort de votre fils, n’est ce pas une illusion aussi ? » et Marpa de répondre :

« Certes tous les phénomènes sont illusoires et la mort de mon fils est une illusion, mais c’est une SUPER illusion. »

J’ai depuis,  un grand respect pour Marpa, et pleuré en lisant les poèmes de Milarepa.

C’est une illusion, mais une illusion qu’on ne peut plus effacer. On ne peut pas revenir en arrière simplement, revenir au temps d’avant, quand Gilles existait encore sur cette Terre. Ce n’est pas possible et cela ne le sera jamais. C’est une illusion, mais une illusion durable, qui persiste, qu’on ne peut pas effacer. Maintenant il faut vivre avec ça., La vie est une course hippique, un saut d’obstacles. Il faut tous les franchir et le dernier est le plus haut, il faut aussi le passer sans faire tomber la barre. La mort est ce dernier obstacle et la barre ce sont les craintes, les frayeurs, les attachements à la vie. Il faut mourir sereinement pour que le voyage suivant se passe bien. Le voyage d’après cette vie.

Nous devons aussi les franchir en veillant sur nous. Gilles avait, selon certains témoignages, son portable dans la main au moment de l’accident.

Ne téléphonez pas au volant SVP !  …

On ne sait pas ce qui se passe une fois mort.

j’ai écrit  en novembre 2013 :

La mort est une nouvelle vie .

Un monde arrive et un autre s’en va, simultanément.

Ainsi, d‘un hublot à l’autre des deux vaisseaux la première perception dans la nouvelle vie n’est pas différente de la dernière perception de la vie qui nous quitte, ni complètement identique. Elles se rencontrent à cet instant précis de la séparation, sur la ligne bleue.

Gilles a envisagé la mort accidentelle en 2009. A Rio Blanco il a vécu des années de solitude dans un village perdu du Nicaragua. Malade (une dingue violente)  il s’est posé la question suivante lors d’une longue nuit « Si je meurs demain, qu’est-ce que je regretterai de la vie ? » Et il a été surpris de constater qu’il ne regrettait rien. La mort ne lui faisait plus peur, il pouvait l’aborder en toute sérénité, sans peur et sans regret.

Vous parler de lui aujourd’hui, je ne peux pas. Dire une épitaphe ou quelques lignes est bien trop réducteur. Gilles : c’était Gilles ! Et qui l’a connu sait à quel point il était présent, chaleureux, ouvert, joyeux et attentif. Plein d’énergie à partager. C’était un homme de contact. Il adorait faire plaisir, faire des blagues comme mon père (mort en 1976) qu’il n’a pas connu  et surtout réunir les gens. Ca c’était son truc …

Gilles ne nous a pas quittés, il est mort c’est différent. Depuis sa mort je ressens une nouvelle énergie protectrice qui m’enveloppe et me guide. Parfois les larmes me viennent, mais moins violemment que la première nuit.  Pour moi à présent Gilles n’est plus mon fils, puisqu’il a laissé son corps et son hérédité là devant nous. Il est un homme qui a vécu 33 ans, et nos liens karmiques demeureront… au delà du cercle familial. 33 ans c’est l’âge optimum, l’épanouissement d’une vie.

Effectivement, nous l’avons vu en juillet dernier, il semblait parfaitement heureux et épanoui.

33 ans cela peut paraître court, mais il ne faut pas regretter pour lui. Lui ne regrette rien. Il a bien vécu et sa mort était sur son chemin, il a probablement autre chose à faire de plus important, un bodhisattva se met au service de tous les êtres…

Gilles est là autour de nous, dans nous, dans chacune de nos cellules. Savez-vous qu’une cellule contient 99,999% de vide. Ce vide est rempli d’énergie et d’information, tout comme l’Univers qui nous entoure est saturé d’information. Nos cellules communiquent avec ce vide.

Kant a écrit  que nous connaissons la réalité qui apparaît devant nous, mais pas la Réalité elle-même.

Le chant zen que nous allons chanter dit la même chose. Nos cinq sens et notre cerveau perçoivent des phénomènes mais ces phénomènes sont vides. Le vide (ku) est la forme (shiki) mais aussi la forme est le vide. Shiki soku ze ku, ku soku ze shiki.

Cette cérémonie, nous allons la ponctuer de moments de silence, pour être tous ensemble avec lui et nous laisser bercer par cette absence.

Des messages nous en avons reçus énormément. Merci. Tous très émouvants. En voici un parmi tant d’autres…Aurélie N écrit :

Déjà une semaine sans lui… mais il est partout dans ma vie. Chaque fois que je vois une cascade, que je joue du piano, que je mange des noix de cajou, que je donne des nouvelles à un(e) ami(e), je me dis : « Gilles est là » ; car il savait soigner ses amitiés, notre amitié.

A travers cette expérience de la mort d’un fils ou d’un ami cher on s’aperçoit encore plus que la vie est éphémère, fragile, précieuse et surtout merveilleuse !

J’aurais aimé vous parler de la Création, de la vie jaillissant dans l’instant et de la mort survenant  simultanément, ce qu’on voit en regardant le cosmos, les étoiles qui apparaissent, celles qui disparaissent, les trous noirs, etc. afin que vous compreniez que, même si Sakyamuni (le Boudha historique d’il y a 2500 ans), n’a pas répondu  à la question » Qui a créé  le monde ? « . Le bouddhisme répond à toutes les questions auxquelles on peut répondre. Celle de l’origine de la Création du monde restera à jamais insoluble. En méditant dans le silence on peut comprendre cela.

Recueillons nous ensemble quelques minutes….

Près du cercueil est posée une photo de Gilles jouant du saxo.

 A l’issue de la cérémonie, la centaine de personne réunie viendra  défiler à l’autel, mettre du shoko (encens en grains) sur un charbon brûlant devant sa photo et jetera quelques pétales de fleurs sur son cercueil.

Suivant mon discours  le discours de sa mère  :

Gilles,

Mon deuxième enfant

Tant aimé,

Tu m’as habituée

A ton absence

Mais nos paroles

Et nos pensées

Se rencontraient souvent

Par delà les distances,

Par delà les océans.

Tu m’as habituée

A l’idée de la fragilité de la vie,

Parce que tu as frôlé la mort

Plusieurs fois.

Puissent l’amour,

L’énergie

Et la disponibilité

Que tu manifestais

A l’égard des êtres sensibles

Que tu as rencontrés

Dans tes nombreux voyages,

Nous accompagner,

Nous porter

Dans ce qui est encore à vivre.

*

Un mantra est un son qui permet de couper avec les pensées ordinaires…

Nous sommes tous réunis ici par amour, celui que nous portons à Gilles.

Je suis née catholique, marié protestante avec Daniel, devenue bouddhiste, pour moi il n’y a pas de différence.

Aujourd’hui nous sommes toutes et tous des êtres de lumière, que l’on soit athé ou croyant.

J’aimerais que chacun de vous, pendant quelques minutes de récitation du mantra OM MA NI PAD ME HOUNG, chante ou récite en même temps ce qui l’inspire, librement, dans sa foi intérieure ou à haute voix.

Silence et récitation du mantra 
Om Mani pad me houng ....

Discours de son frère :

Gilles,

Sur les papiers nous étions que demi-frère, pourtant toi comme moi et il en est de même pour Emilie avons toujours été frères.

Mère différente, mais même père, même vacances, même moments passés ensemble.

Impossible de tous les citer mais nous les connaissons bien.

Les BD Donjon qu’on adorait, ton personnage préféré était « Marvin rouge », le mien « le roi poussière ».

Ce Pokémon qui s’appelait “noix de coco” (même si on n’a jamais regardé ce dessin animé) nous amusait par sa stupidité.

Ces prises du “catcheur fou” que tu me faisais quand j’étais petit,me remémorenttellement de souvenirs.

Cela nous a fait rire cet été, quand secrètement, on s’est imaginé pouvoir dans quelques années les refaire vivre à notre futur neveu ou nièce …

Les heures passées sur l’Atari, les chasses aux trésors, et ces nombreux voyages au Vietnam, Nicaragua, Panama qu’on a pu faire grâce à toi.

Tellement d’histoires et d’anecdotes que nous avons vécues et d’autres qu’on aurait pu vivre.

Cette ride qu’on a découvert cet été entre tes sourcils t’a fait peur, on est directement allé acheter des nouvelles lunettes de soleil et casquette, pour ne pas qu’elle empire !

Et bien finalement tu as réussi à ne pas vieillir plus. Tu resteras éternellement jeune dans nos têtes comme dans nos cœurs, ce grand enfant avec qui on oubliait les barrières et problèmes qui viennent avec l’âge et la maturité.

Physiquement tu es parti, mais ça ne changera en rien cette relation qu’on a su maintenir malgré les distances qui nous séparaient pendant ces dernières années, tu seras toujours là.

Discours de sa sœur :

Ecrire, choisir les mots a été difficile.

Je ne vais pas parler à Gilles cet après-midi, j’ai eu le temps de me recueillir avec lui seule mardi, de lui chuchoter ce qui me restait sur le coeur. Et il y aurait tant à dire, tant de brutalité dans son départ.

Je ne veux pas non plus parler de Gilles, de mes souvenirs, d’anecdotes. Il y a tant d’amour autour de lui, nous avons reçu tant de messages de ses amis du monde entier, de témoignages de ce qu’il était, de sa joie de vivre, son enthousiasme, …

Non, ce dont j’aurais envie de parler aujourd’hui, c’est de ce que Gilles nous apprend, ce qu’il nous a appris.

Mon frère aimait bien donner des leçons :) Pas de serments ! mais il avait une vision bien arrêtée des choses, de la vie, et il aimait en parler, en débattre, passionnément.

Alors d’emblée, il y a quinze jours, j’ai senti que ce qui était important, c’est que ce qui arrive aujourd’hui reste une leçon pour moi, (pour nous tous peut être). Et chaque jour qui a passé depuis a été riche de ces apprentissages.

Mes parents l’ont bien dit tout à l’heure, ce départ brutal nous rappelle à quel point la vie est précieuse, et fragile. Ça, gilles le savait. Lui et moi avons grandi dans le bouddhisme dont c’est l’un des enseignements. Nous avons toujours su, nous en avons souvent parlé. Que tout pouvait s’arrêter un jour, sans crier gare.

Il a vécu sa vie et profité de chaque seconde et de vos messages, je vois qu’il a transmis cette énergie à beaucoup. Combien d’amis il a poussé à vivre leurs rêves, à aller au bout de leurs désirs, à se lancer dans tel ou tel projet, la musique, le théâtre, le voyage.

Gilles m’apprend, me rappelle qu’il faut profiter d’ici et maintenant.

Que je suis là où j’ai choisi d’être, ce que j’ai choisi d’être, et que mes choix sont les bons choix. Qu’il ne faut pas laisser de place pour les regrets.

Gilles est aussi un rassembleur. Souvent je me suis demandée comment il faisait pour gérer tant d’amitiés diverses, partout, donner autant de lui partout. Souvent nous regrettions de ne pas le voir plus de quelques jours, tant il avait à faire, ici et là, un festival, un weekend, un mariage… Moi j’y voyais de l’éparpillement parfois, une incapacité à rester en place.

Mais je me trompais. C’est comme si tout prenait un sens aujourd’hui. Tellement d’énergie passée à relier les autres, les mettre en relation. A aider les autres, dans ses projets, dans sa vie de tous les jours.

C’est juste bon des gens comme lui, qui aiment tant les autres.

C’est sans doute lui qui a raison, il a touché en chacun de nous les points sensibles, il a tissé autour de lui une toile infinie d’amour. Et vraiment, je n’avais pas idée de l’immensité de cette toile. Et cette toile aujourd’hui nous relie les uns les autres.

J’ai toujours été fière de lui.. et un peu rancunière aussi, parce qu’il était loin, toujours trop loin.

Je me rends compte qu’il était loin non pas par égoïsme, mais par immense soif d’ailleurs et d’autrui. Ça aussi c’est une leçon : on croit connaitre, on croit savoir pourquoi…

Je pourrai encore parler longtemps.

Je veux juste vous dire que mon frère, s’il avait eu à choisir, entre une vie longue et proprette / et celle qu’il a vécu, totalement, même courte… On sait tous qu’il aurait signé tout de suite.

C’est aussi pour ça qu’on a choisi la chanson que vous allez entendre, Je veux du soleil. Une chanson enjouée, qu’il a beaucoup jouée, et qui chante les rêves, les désirs, le tourbillon de la vie.

Discours de sa tante, doyenne de la famille :

 Gilles n’a pas été baptisé chrétien.

Il a montré de grandes qualités humaines et une ouverture aux autres que sa famille, ses amis, ses collègues de travail, ses rencontres lui reconnaissent unanimement.

J’ai choisi pour lui ces lignes de Matthieu 25, 34 à 37 :

Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde.

35 Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ;

36 j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !”

« Les bénis de mon père », c’est nous tous. Le cœur de Dieu est large et accueillant. Il nous réunit par delà le sens que chacun donne à sa vie.

Le rayonnement et la générosité de Gilles transparaissent dans les nombreux messages de sympathie que nous  recevons. Je vais en lire quelques extraits :

 » je n’oublierai jamais son Bonjour! Qu’il prononçait avec un grand sourire en ouvrant la porte. »

« . Il était très charitable et s’occupait des bonnes causes, il n’oubliait jamais de donner une aumône à un mendiant »

« Il était tellement sincère, généreux et plein de vie. Il nous manque…

« parce que Gilles avait ce don, ce talent précieux de réunir, de mettre en relations les gens, de les valoriser en provoquant des rencontres généreuses et fertiles. Curieux de tous, il était aimé, c’est une évidence.

Là je rapporte ses propre paroles :

« à force de voyages, j’ai envie de raconter tant de choses, mais au final, les gens ne m’écoutent pas vraiment. Ils posent deux ou trois questions, souvent les mêmes, puis très vite, s’en retournent à leurs affaires. »

Et la personne qui en témoigne commente :

 » C’est un des enseignements, le plus fort, que je garderai de ce grand, de ce bel homme : rester curieux, disponible à l’Autre, par delà les ornières du quotidien. »

Gilles, tu restes vivant dans notre souvenir et ces mots que je lis me parlent si fort que je n’ai rien à ajouter. Tu restes dans nos cœurs et pour moi cela signifie que tu reposes en Dieu.

Discours de son meilleur ami :

Habituellement, lorsqu’on écrit un discours pour son meilleur ami c’est parce qu’il se marie… D’ailleurs, ces derniers mois, bien que l’heureux événement ne me semblait pas imminent, je me suis surpris à rassembler souvenirs et anecdotes cocasses parmi nos innombrables aventures qui ont forgé notre amitié pendant ces vingt et une années.

Gilles, Tu étais un homme qui aimait la vie, gourmand de toutes les richesses que tu débusquais ou faisais naitre… ta gourmandise impliquait d’ailleurs à ceux qui t’entouraient de rester vigilants et rapides lorsque ceux-ci souhaitaient partager avec toi un paquet de gâteaux, ou plus encore,un maigre sachet de noix de cajou.

On a vécu des moments merveilleux, tu étais un ami d’aventures, de voyages, de défis, mais aussi un confident attentif, un conseiller, pilier structurant dans la construction de ma vie d’adolescent, puis de jeune homme puis d’Homme.Notre amitié n’a jamais souffert d’aucune remise en question réelle, tel l’amour d’un frère ou d’un parent bienveillants. Nous formions une paire indissociable, Mario et Luigiles baroudeurs comme on disait avec dérision, tu étais un Homme profondément bon, drôle, riche d’envies et de talents, fidèle et déterminé. La profondeur de notre complicité nous permettait de retrouver une insouciance enfantine que nous adorions et qui nous réjouissait au point d’avoir dû mettre en place voici 15 ans, notre loi autorégulatrice de blagues foireuses, le Tiuuu et contre-Tiuuuu.

Luigi, je t’aime, tu me manques immensément, tu me manqueras toujours.

Vivre c’est naitre lentement disait Saint Exupéry, mais c’est aussi accepter de mourir et de perdre. Toi, tu n’acceptais pas de perdre des amis. Tu avais ce don, ce talent précieux de réunir, de mettre en relation les gens, de les valoriser en provoquant des rencontres ingénieuses et fertiles. Curieux de tout, de tous, tu étais aimé, c’est une évidence. Toi seul pouvait comprendre l’articulation de l’incroyable nébuleuse d’amis que tu as su construire et entretenir par de là les continents, par-delà les époques. Tu aimais à dire qu’une vie, c’est comme une bande-dessinée composée d’une succession d’albums.Comment faisais tu pour être aussi vrai, avoir autant d’amis avec tous des relations aussi fortes ? Dans chacun de tes nouveaux albums réapparaissaient les personnages rencontrés dans les précédents ! Tu as vécu comme un rêve !

Au dernier tome, en juillet dernier, tu semblais heureux, épanouis et apaisé là où tu étais, après tant d’années de questionnements, de choix professionnels incertains et de décisions courageuses. Je veux garder ce souvenir d’un Homme tranquillisé, qui a vécu pleinement sa vie. J’admirais ta capacité à habiter toutes les facettes qui composait ton être et ses centres d’intérêt : la musique, le sport, les voyages, les amitiés, la famille, la danse, tes engagements professionnels ou associatifs.Un Homme du monde qui avait un tel don pour attirer parfois les coups du sort, les pépins de santé, les coups du chapeau, les maladresses, qu’on avait dû inventer un néologisme pour les désigner : les Gillussades. La dernière fut un grand saut vers l’après.

Dans le dernier livre que je t’ai offert, « Entre Ciel et Terre », qui raconte l’errance et le voyage d’un homme qui perd son meilleur ami, il est écrit : « Mourir est le mouvement absolument blanc. La frontière est si fine, qui sépare la vie de la mort ». C’est peut-être cela que ton départ doit nous enseigner. La vie habite la mort. C’est pourquoi, la pensée de la mort rend la vie plus précieuse, par la rareté. L’amour de la vie rend la mort plus présente par l’urgence.

Je veux croire qu’on peut surmonter sans oublier, accepter cette réalité, sans trahir. Il ne s’agit pas de ne plus aimer, ni d’aimer moins, bien au contraire, mais d’aimer autre chose, et mieux, aimer le monde plutôt que soi, les vivants plutôt que les morts, ce qui a eu lieu, avec toi, plutôt que l’avenir qui fait défaut.

Tu es parti Gilles, mais ta présence n’a jamais été aussi forte.

Les amis de ton groupe de musique l’Ouïe Dire vont te jouer la chanson Pont Mirabeau comme un dernier « au revoir » musical.

Nous, tes amis, te remercions pour ta générosité dans l’amitié, le temps et l’énergie que tu nous as consacrés sur cette Terre. Nous t’ouvrons notre cœur et notre sourire le plus doux. On t’aime tellement ! Hastasiempre !

Discours de ses amis musiciens avant de jouer : 

Nous sommes des représentants de l’équipe de Strasbourg, amis de Gilles, dit Gillou par chez nous, que nous avons rencontré au lycée et avec lequel les années partagé beaucoup de  vacances, de musiques, de discussions et de fêtes. Entre 17 et 22 ans certains d’entre nous formèrent avec lui le groupe  l’ Ouïe Dire. C’était une très très belle période avec notre très très bel ami Gillou.

Gillou merci pour tout. Merci pour ta musique, tes engagements, ta présence à chaque événement important de nos vies. Merci pour ton sourire et tes éclats de rire avec un verre de trop. Merci pour ta ténacité à vouloir nous rassembler à chacun de tes retours en France. Merci pour cette improbable chemise zébrée que tu portais à chaque concert, même si on s’est un peu moqué de toi, t’étais bien beau Gillou !

C’est difficile pour nous…Comme dit Antoine tu as un voyage d’avance. Mais qu’ils nous ont rendus heureux tous ces moments avec toi !! Et puisque la joie vient toujours après la peine on va te chanter du « Ouïe Dire ».

Avec une pensée pour les absents qui sont avec nous aujourd’hui. Thib, Etienne et Gabi…nous allons te chanter Le Pont Mirabeau sur un texte de Guillaume Apollinaire une musique de Mohammed Bouzar qui est dans la salle avec nous aujourd’hui ».

Pour les absents qui auraient souhaité être là, la liste est longue des amis de Gilles depuis l’école primaire, collège, lycée, groupes de musiques, amis de Strasbourg, Alès, Bordeaux, Paris, Madrid, Vietnam, Costa-Rica, Nicaragua, Panama qui sont éparpillés un peu partout dans le monde et avec qui partager ce désarroi permet de le rendre un peu plus acceptable…

REGARDEZ LA VIDEO de la cérémonie  

INHUMATION  au cimetière (lieu indiqué), merci à tous pour les nombreuses fleurs..

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5 commentaires

  1. Je connais cette super illusion et elle me poursuit depuis 14 ans bientôt….
    il y a quelques jours, j’ai écrit une chanson pour tenter de « faire gonfler sa voile »…
    De tout cœur, avec vous…

  2. Coucou Daniel,
    un petit mot pour te dire que même si je n’ai pas eu la chance de rencontrer ton fils, son décès m’a beaucoup touché, et le vieux Maraval et moi pensons très fort à toi dans ce moment difficile.
    En tout cas, ça avait l’air d’être une très belle cérémonie, faute d’y avoir été présents, le coeur y est.
    « Si jamais un jour nous ne pouvons plus être ensemble garde moi dans ton coeur et j’y resterai pour toujours », ce n’est pas du plus grand auteur de littérature mais l’essentiel est là.
    De grosses bises

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