Si vous avez bien assimilé la notion du karma vous devez comprendre qu’il est important de s’observer soi-même. Plonger dans les sutras (textes bouddhistes anciens) c’est assez rébarbatif, pourtant certains peuvent s’éclairer d’un jour nouveau quand ils sont commentés par Kôdô SAWAKI. Ainsi est le Jujikigokan, le sutra des repas chanté avant chaque repas dans les temples zen.
Après avoir exprimé de la reconnaissance dans un premier couplet le deuxième nous incite à vérifier si nos vertus et notre pratique le méritent vraiment, ce repas. « futatsu niwa onorega tokugyô… »
Kôdo Sawaki commente « Vous devez faire un retour sur vous-même avant de recevoir le repas. N’ai-je pas fait quelque chose de mal aujourd’hui ? Si vous avez mal agi, vous ne méritez pas ces trois bols de riz. Dans ce cas retirez-en un ! »
Le troisième couplet « Mitsu niwa shin o fusegi toga… » nous incite à libérer notre esprit des trois poisons (convoitise, colère et avidité) pour qu’il retrouve sa condition normale.
« La religion c’est empoigner fermement notre esprit et le mener là ou nous l’avons décidé » commente Kôdo Sawaki.
C’est donc une grande vigilance qu’il faut cultiver dans un premier temps, quand on a compris le cercle vertueux que propose la loi du karma. Dans l’octuple sentier, le premier texte bouddhiste on parle plutôt d’effort juste . On sait qu’on a le libre-arbitre, mais que tout peut être gâché par un emportement, par une pensée dévastratrice. La colère est extrêmement destructrice. Le Bouddha ne laisse aucun espoir à qui s’est mis en colère inconsidèrement. « Un instant de colère remet en cause des éons de bonne conduite » Pire qu’un retour à la case départ ! La colère est rarement acceptable. Le bouddhisme tibétain dépeint pourtant une nature de Bouddha couroucée, celle de Kalachackra . Chôgyam Trungpa décrit la possibilité de la colère comme un stade ultime de la sagesse appelé folle sagesse. Vous envoyez du négatif pour réveiller l’autre qui ronronne dans son délire obsessionnel auto-conditionné. C’est un acte d’amour réservé aux Bouddhas, à user avec modération (sans quoi le karma généré aura des retours incommensurables, un vrai coup de grisou) ! Pour les autres poisons c’est le lot commun de notre conditionnement d’homme civilisé, d’homme moderne. Ce monde où la consommation matérielle est promue dans chaque média, à chaque instant, à chaque regard.
Comment ne pas être envieux du voisin qui possède tant et tant de belles choses ? Simplement se rendre compte que posséder est totalement inutile dans cette vie si courte, d’où l’importance de la méditation, et de trouver son propre chemin, permettant à chacun de se repérer, et de se diriger. La vie de tous les jours nécessite un effort de chaque instant. C’est pourquoi la voie du Zen est une voie abrupte, sans concession !
Si vous arrêtez de pratiquer zazen(*) c’est le retour à la case départ. Vous baignez dans une mer d’auto-conditionnement où votre Ego avide va se trouver très bien ! Il vous faudra pas mal d’efforts pour en sortir, mais c’est cela le libre-arbitre. C’est comme arrêter de fumer, réduire son appétit, ou un entrainement physique, au début c’est dur et puis on y prend goût tous les jours un peu plus . La vie façonne souvent des épreuves difficiles qui vous font revenir sur le zafu(*). La pratique de zazen est vraiment d’un grand réconfort à ces moments là…L’effort sera moindre si vous avez maintenu ce juste effort, cette vigilance sur vous-même de chaque instant.
(*) voir glossaire
