Setchō Chikan : la clarté de l’esprit

Setchō Chikan (1105-1192) est notre 49ème patriarche zen. (Dōgen est le 51ème).  Il a répondu à la question de la clarté de l’esprit . Actuellement je préfère le noir à la lumière et l’association « lumière de l’esprit » me déstabilise. Peut-être ai-je trop lu Henri Miller « That damned sun, it makes you blind! » ? Je suis souvent ébloui par trop de soleil qui fatigue les yeux. On peut se reposer dans la pénombre, on a besoin de repos, de calme.

Il faut bien des mots pour qualifier la pureté me direz-vous. Chaque mot qu’on utilise véhicule une image sur laquelle on attache et façonne un concept qui est l’aboutissement de notre réflexion. Il est donc important d’utiliser le bon mot. Clarté de l’esprit me semble plus adapté à une juste conceptualisation de ce qu’est réellement l’illumination.

Setchō Chikan, après avoir « validé » son illumination (satori) auprès du maître Enju, est retourné auprès de Sōkaku (prêtre de Tendō). Il est devenu son secrétaire. Il écrit ce qui suit. Je vous le livre ici mais comprenez que sans pratiquer la méditation vous ne pourrez comprendre. Disons que ce sera une fiction de plus dans ce monde irréel ! C’est une quintessence de texte à déguster avec quelques olives.

En attendant que vous réalisiez la Vérité du Vrai Soi, il y a quelque chose qu’on ne ne peut faire disparaître, qu’on ne peut détruire. Quand vous avez conscience de la Vérité du Non-Soi, il n’est ni vide ni existant, ni clair ni sombre. C’est pourquoi il est difficile de dire que vous êtes illuminé ou dans l’illusion. Ainsi ce royaume n’est  pas appelé « Bouddha », « Dharma », »Esprit » ou « Vraie Nature » ; c’est simplement une merveilleuse et lumineuse clarté, un reflet. Ce n’est ni la lumière chatouillante du feu ni le reflet scintillant de l’eau. C’est simplement une clarté et une intelligence sans limite. Mais si vous essayez d’en capter un instant, vous n’y parvenez pas. C’est juste une  claire intelligence …C’est pourquoi les Bouddhas, les ancêtres et les maîtres n’ont aucun doute sur ce qu’ils ont à faire.

Si vous sentez que vous chercher à atteindre cette endroit, fermez les yeux pendant un instant ; quand votre essoufflement cesse, votre corps arrive à une extrémité ou aucun abri ne peut plus vous sécuriser ; là, laissez de côté tous vos désirs, tout ce qui vous semble utile, devenez comme un ciel bleu sans nuage ou le grand océan sans vague ; alors vous serez en accord avec cette Vérité.

Quand vous avez rejoint cet endroit où vous ne doutez  plus sur ce que vous avez à faire, c’est une lumière bien plus grande. Ce n’est pas comme la lune dans le ciel bleu ou comme le soleil. Le ciel entier est la lune, il n’y a plus rien à éclairer. L’univers tout entier est le soleil, il n’y a nulle part où rayonner. Vous devez capter cette Vérité petit à petit.

Découvrons cet endroit où plus rien ne peut plus nous sécuriser, et dans la plus stricte intimité déposons-y tous nos désirs, sans peur, en harmonie avec ce qui EST là, ici, maintenant. Nuit ou clarté sont indissociables. Laissons-nous emporter par l’indicible. Ni clair, ni sombre, le non-désir et la Vérité du Non-Soi se manifestent. Dans un reflet invisible s’ouvre l’esprit clair, il nous caresse le front, rafraîchissante caresse.

Dans un dojo, sur un zafu(*)  en zazen (*) vous accédez inconsciemment à cette subtile compréhension sans le moindre effort. Vos questions fondent comme neige au soleil. Plus de doute sur la voie. Plus de doute sur votre voie.

Merci Setchō.

©Daniel Bukō HōTen page publiée le 16 sept 2013…. mise en page d’accueil ce 1 sept 2026… 13 ans déjà ?!

(*) voir glossaire

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