Le livre qui m’a le plus marqué dans les années 80 est « Esprit zen, Esprit neuf » de Shunryu Suzuki.
Etudier le bouddhisme, c’est nous étudier nous-mêmes. Nous étudier, c’est nous oublier
Lorsque nous nous oublions, nous sommes vraiment la réalité elle-même.
Quand vous n’essayer pas d’atteindre quelque chose, votre corps et votre esprit sont ici même. Un moine zen dirait « Tuez le Bouddha! ». Tuez le Bouddha si le Bouddha existe ailleurs. Tuez le Bouddha pour retrouver votre propre nature de Bouddha.
Shunryu Suzuki
Quand on a passé 40 ans à suivre un Maître, comment garder l’esprit du débutant ?
Ne faut-il pas se mettre aussi en danger ? Il y a une marge de progrès entre un débutant et un vieux moine, ou non ? Dans le pire des cas la marge de progrès pourrait être attribuée au vieux moine pour qu’il conserve un esprit de débutant ! Au bout de 40 ans ce n’est pas facile ! Certains de nos maitres zen sont de grands érudits, ils trouvent un champ de progrès dans l’apprentissage des textes sacrés pour affiner leurs kusen (*) mais l’esprit de la transmission du bouddhisme Soto zen est au delà des mots. (La transmission directe du Bouddha Shakyamuni à Mahakasyapa par un simple geste tournant la tige d’une fleur dans ses doigts suivi d’un échange de sourire entre les deux est la naissance du Zen. Le Zen y voit une connaissance plus profonde et plus directe que l’étude des sutras (cf. article effort juste)). Il n’ y a pas d’enseignement doctrinal des textes dans notre lignée.
On apprend par coeur que quelques textes en vieux sanscrit-japonais que l’on récite les mains en gassho(*) lors des cérémonies :
l’Hannya Shingyo , le Busho kabira (repas), Shujo Muhen (les quatres voeux), l’Ekô (dédicasse aux patriarches de la lignée), le Fuekô et le Ji Ho Sanshi (dédicasse universelle)
Alors on a l’impression d’être un ancien, ça en impose aux débutants qui sont obligés de suivre le texte sur une feuille ou de mimer les mots en retard, sauf que…pour retrouver l’esprit neuf du débutant ne faut-il pas oublier que l’on sait, et se dire que c’est lui le débutant qui peut nous aider à perdre la lassitude et à nous revitaliser?
Moi j’ai pris le large à plusieurs reprises durant ces 45 ans qui me sépare de ma première rencontre avec Taisen Deshimaru, et je n’ai pas le moindre regret, au contraire, j’ai été d’un sangha à un autre. C’est important de garder sa liberté de mouvement et de partager la pratique sôtô Zen avec toutes les sanghas issues de la lignée Deshimaru, et je côtoie encore aujourd’hui le bouddhisme tibétain très inspirant.
Ainsi je n’ai aucune chaîne aux pieds, mais bravo à ceux qui n’ont jamais brisé leur chaînes par fidélité au Maître. C’est honorable mais j’y vois un danger. La peur de l’oisillon qui veut voler de ses propres ailes. L’esprit neuf est celui de l’oisillon.
Mais pour faire zazen heureusement on n’a besoin de rien, de rien du tout : c’est shikantaza(*)
et l’oisillon s’envole et nous rajeunit corps et esprit à travers le vaste cosmos.
© La Pierre de Jade danielbukohoten.com
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