Shunryu Suzuki nous dit :
Vous devriez tenir debout par vous-même. Quand un arbre tient debout par lui-même, nous appelons cet arbre un Bouddha.
Dans le contexte de son livre « libre de soi, libre de tout », au chapître « Esprit ordinaire, esprit de Bouddha », il veut nous faire comprendre que l’on peut être à la fois ordinaire et sacré. Il précise : « En japonais on dit de quelqu’un qui ne saisit qu’un aspect des choses que c’est un tanban-kan » traduit dans le texte par : « quelqu’un qui porte une planche sur son dos ». Il poursuit : « Si vous déposez la planche qui ne vous fait voir qu’un côté des choses, vous comprenez : Oh ! Je suis aussi Bouddha ! »
Quand on pratique zazen(*) régulièrement au dojo (plusieurs fois par semaine) on devient fort, on devient un arbre. On tient debout par soi-même. On n’a plus besoin de tuteur. Au fil des jours, au fil des années, vous accédez à une compréhension intuitive de la vie, de vous-même, qui vous fait devenir aussi fort qu’un arbre. Le godo n’est pas un tuteur, ce n’est pas un guide spirituel, car vous n’avez plus besoin de guide spirituel, vous êtes fort comme un arbre. Le godo c’est le bruit du vent dans les arbres, c’est ce petit coup de brise dans le cou qui vous rafraichit. Vous frissonnez et vos feuilles se réjouissent, c’est le pouvoir régénérateur de la nature, comme une balade en automne dans une forêt de chênes.
Donc vous êtes un grand arbre robuste, vous êtes un Bouddha, mais vous n’êtes pas mieux que les autres. Si vous vous sentez au dessus des autres, vous êtes tombé dans le piège de l’ego. Votre ego vous a berné une fois de plus ! c’est lui qui est le champion, c’est lui qui gagne contre votre nature profonde par KO. Votre nature profonde est humble et loin de toute prétention, mais elle est faible face à un ego gonflé à bloc. La nature de Bouddha a pas besoin de réduire l’ego pour s’épanouir, elle le fait naturellement en zazen.
C’est pourquoi la voie du Bouddha, qui paraît si simple, ne l’est pas vraiment.
Avez-vous réellement besoin de belles formules pour devenir un arbre fort ? Ce qu’il vous faut aujourd’hui c’est du vrai, du vécu, pas du ressassé. Un point de vue personnel s’il est sincère, même s’il peut paraître ridicule, est préférable à toute belle formule usée.
Sans la pratique, sans zazen(*) le Zen n’est rien, ou un arbre creux. Avec la pratique vous devenez fort comme un arbre, sans le savoir, sans le vouloir. Ce dernier point est important : la motivation doit être sans « vouloir garder pour soi ». Si vous cherchez à devenir fort, vous restez faible parce que c’est votre ego qui rédige le scénario avec un but : recevoir en retour. Ne rien rechercher, ça l’ego ne le comprend pas. Ouvrez-vous aux autres à vos côtés, et laissez votre nature profonde s’exprimer comme un arbre qui s’élance et ouvre ses branches, vers la sérénité, la compassion et la sagesse.
Il est facile d’expliquer le zen. Tout le monde veut « être zen ». C’est cool ! Mais expliquer zazen c’est plus difficile. Il y a ceux qui connaissent le zen mais ne pratique pas zazen. Ceux -là sont comme des arbres morts, il n’y que l’écorce de l’arbre, le contour, les apparences, mais l’arbre est creux. Il a des branches mais pas de feuilles. Il n’a pas de vie. Expliquer à un sceptique ce qu’est zazen est impossible. Comment faire pour « ne pas penser, faire le vide,etc. »? Toujours les mêmes questions. On a beau essayer d’expliquer ce qu’on ressent pendant zazen, ça ne passe pas. Le mieux serait de le regarder dans les yeux et de lui dire :
– Pourquoi tu n’essaies pas ? Comment peux-tu parler de quelque chose que tu ne connais pas ?
Ce n’est pourtant pas difficile de s’asseoir sur un zafu et d’essayer, mais le sceptique n’essaie pas. Il a sans doute peur de ressentir quelque chose qui le ferait changer d’avis.
Et puis il y a ceux qui ont pratiqué mais qui ne pratiquent plus. Ceux qui croient tout connaître, qui pensent avoir intégré le zen au point de ne plus le pratiquer ou de le pratiquer rarement de façon isolé. Ceux-là sont des arbres morts. Il y a l’écorce et le tronc, mais il n’y a plus de sève, l’arbre s’est desséché, les feuilles sont tombées. L’ego a pris le dessus sur la nature de Bouddha, c’est pitoyable mais fréquent.
Enfin il y a celui qui ne dit rien, qui sourit avec bienveillance. Il n’est ni pour, ni contre, il n’éprouve pas le besoin de parler, il a compris qu’il est inutile d’expliquer. Celui-là est fort comme un arbre et quand il vient au dojo et qu’il revêt sa robe de moine et son kesa, quand il s’asseoit sur le zafu il est heureux, heureux d’être là simplement ! C’est cela être fort comme un arbre.
©daniel Bukō Hōten❀ octobre 2013
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