Etienne Zeisler demande comment diriger sa vie ? Il cite Kôdô Sawaki
« Nous devons apprendre comment diriger notre vie. Nous devons apprendre ce que cela signifie que de s’éveiller d’une vie confuse, incomplète, hasardeuse, basée sur le compromis et sur le fait de s’abuser soi-même et de tromper les autres. Nous devons apprendre ce que cela signifie de s’établir naturellement dans sa vie.
Plutôt qu’un long discours j’ai envie de raconter l’histoire de cette photo prise en 1977 à Trois Sauts. Comment ce chef m’a touché sans me dire un mot.
Le soir avant de diner, j’étais assis à son côté au milieu de la place du village sur un banc en bois. Nous n’étions que lui et moi. Il avait une grande cigarette indienne qu’il fumait tranquillement. Il me l’a tendue. Bien sûr je l’ai prise et en la mettant à mes lèvres, en inspirant une première bouffée je regardais ces grands arbres autour de nous, ces géants qui semblaient nous observer, nous protéger. J’ai soudain eu l’impression qu’il me parlait, qu’il me les montrait, qu’il me faisait sentir leur force. J’ai tiré à nouveau sur cette grande cigarette (du tabac qu’ils cultivent eux-même) et mon esprit s’est agité un petit peu. Quand allais-je lui repasser la cigarette ?… Et puis cette inquiétude est partie. Je lui ai tendue, il l’a reprise et a continué ainsi tranquillement à fumer. Là j’ai eu l’impression d’une conversation entre nous. Il me semble même lui avoir parlé de la bombe atomique, et de plein de choses de notre monde civilisé. Lui me parlait de la nature et de sa force, son intelligence. Il m’a repassé la cigarette et ainsi de suite. Au bout d’une vingtaine de minutes, ou peut-être moins, depuis sa hutte sur pilotis sa femme l’a appelé d’une voix ferme. C’était le moment de souper. Il m’a souri et est parti rejoindre sa femme et ses enfants sans tarder.
Moi je suis retourné dans ma case et j’ai ouvert une boîte de conserve dans mon sac. Les indiens quand ils n’ont plus rien à manger repartent à la chasse. C’est un cycle court de quelques jours. Là j’étais dans la période maigre…
Voilà c’est l’histoire du chef Oyampi. J’avais 25 ans, et je me suis dit que ce soir là j’avais rencontré un grand maître Oyampi de la forêt amazonienne et que sa vie était belle et qu’il la vivait pleinement !
J’ai, depuis lors, pensé qu’il n’y avait pas besoin de mot pour communiquer et qu’il n’y avait pas besoin de civilisation élaborée pour comprendre le monde. Ces grands arbres de la forêt amazonienne sont comme des dieux que l’on peut écouter pour qui sait les entendre.
© Daniel Bukō La Pierre de Jade

de l’empathie ? une résonnance émotionnelle dans un décor naturel, quand la parole n’est pas utile à l’échange entre 2 personnes, ouvertes et réceptives à l’autre. Un des thèmes de l’émission « sur les épaules de Darwin » sur France Inter ce samedi. Encore podcastable sur le site.
belle journée
http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=508515
Ressentir, la connaissance du moi de l’autre : Einfühlung disait Théodor Lipps. Attribuant à l’autre de ce que nous percevons en nous ! Mimons en nous ce reflet que nous percevons de l’autre. Le réseau miroir qui s’active dans notre cerveau, cette fenêtre presque toujours ouverte. « Rien ne devient jamais réel tant que nous ne l’avons pas ressenti » disait le poète John Keats. Un va et vient entre notre point de vue et celui de l’autre. Pour Darwin l’empathie s’est prolongée dans toutes les espèces animales par les mères etc…
Merci Brigitte.