Les 6 mondes du samsara .

Pas plus tard que hier au soir j’ai fait une expérience très intéressante. On croit connaitre le monde dans lequel on vit et un beau matin, dans la brume de la nuit tropicale qui se dissipe peu à peu, on constate que quelque chose a profondément changé.  Pourtant tout a l’air identique dehors, la pluie tombe exactement comme elle le faisait hier matin, lourde d’abord puis quelques gouttes tapotent sur les feuilles vert tendre des arbres envahissants. C’est le début de l’été indien. Il va faire encore plus chaud, il va pleuvoir encore plus fort, c’est comme cela tous les ans avant la saison des pluies, c’est ce que raconte la musique des gouttes de pluie.

Le choc est encore plus grand quand vous constatez que ce qui a vraiment changé n’est pas à l’extérieur de vous mais en vous. Si l’intérieur de vous est modifié alors votre perception du monde extérieur change, c’est dans ce sens que ça fonctionne. Une nouvelle vie commence, un nouveau cycle.

Dans une simple vie humaine nous vivons plusieurs cycles de vie . Il faut 7 ans, dit-on, pour renouveler toutes les cellules du corps.  Passer de l’état de nouveau-né, de celui d’enfant puis d’adolescent à celui d’adulte. C’est un grand changement, mais les vies de l’homme adulte sont encore plus nombreuses.

Nous passons par des stades obligatoires qui jalonnent le territoire. Il y a plusieurs angles de vues possibles, celui de la psychanalyse est intéressant mais je n’en connais que des bribes. Le bouddhisme dans sa grande mansuétude  apporte un point de vue très clair.

Il y a 6 mondes d’existence et nous passons psychologiquement dans ces 6 mondes en permanence.

Au début on ne marche qu’à quatre pattes, c’est le règne Animal des pulsions primaires. On a faim ou soif, puis d’autres désirs nous font aller vers l’autre. Le désir sexuel nous prend. On peut le gérer tout seul pour se soulager mais avec un autre c’est mieux, on cherche l’autre parfois toute sa vie. Ensuite on peut s’endormir apaisé. Dans ce monde il faut rechercher et combattre les autres sans fin. The strength for life. On ne quitte jamais complètement le monde animal…

Ensuite on se lève sur nos deux jambes et notre cerveau d’homme se met à regarder, analyser, soupeser, étudier, comparer, aimer, haïr… Selon notre état d’âme on va aller d’un monde à l’autre dans un cycle perpétuel, le samsara de la vie. C’est le monde  des hommes, le seul qui peut nous permettre de quitter le cycle des 6 mondes pour le nirvana.

Le monde des Dieux où tout nous arrive servi sur un plateau d’argent, le moindre désir est satisfait. Ce monde là c’est surtout celui des autres, parce qu’on ne peut pas y rester très longtemps. Les rouages se grippent. On veut toujours plus et quand on a réellement tout, on est encore plus insatisfait parce qu’il manque l’essentiel qui n’est pas servi sur le plateau, la sagesse accessible que du monde supérieur des hommes. Et puis il y a la loi universelle de l’impermanence. On vieillit inexorablement, la déchéance donne des premiers signes inquiétants. Notre couronne de fleurs commence à se dessécher ou à  exhaler une mauvaise odeur (version tibétaine, ma favorite…). Le monde des Dieux est une illusion tellement belle que la sortie de ce monde est difficile, éprouvante, brutale.

Le monde des Dieux jaloux, le royaume des asuras c’est un monde très voisins du précédent. Tout est possible mais on se querelle sans cesse, on jalouse les Dieux de l’autre monde, on leur lance des flèches, on veut détruire ce monde plus abouti que le notre. C’est le délire narcissique. Rien ne peut être plus fort qu’un asura. C’est un monde de paranoïaques voire de psychopathes. On n’a peur de rien, on est furieux, on va extérioriser sa colère. Difficile de sortir de ce monde. Pourtant un matin on va découvrir la sagesse vajra, la sagesse du miroir, l’Alaya. L’eau  nous apaise, un simple reflet nous fait comprendre comme Tōzan que ce monde est illusoire.

Tozan ( Tung Shan 807-869) successeur de Ungan Donjo, maître de Sozan et Ungo Doyo cofondateur de l’école soto avec Sozan.

son poème :

Comme dans le miroir

La forme et le reflet se regardent

Vous n’êtes pas le reflet

Mais le reflet est vous

 Le monde le plus déshérité c’est le monde des enfers infernaux. Le monde de la souffrance pure. L’avenir se bouche, on se déprécie.  L’Ego est complètement piétiné, on a mauvaise conscience d’avoir agi pour en arriver là. On est plus bas que terre, on est sous terre. La nostalgie de notre vie passée nous renvoie un cuisant échec. On n’arrive plus à penser au futur. La détresse semble sans fin. C’est le romantisme aïgu, on pleure de toutes les larmes de son corps. Que de souffrances tantôt trop chaudes, tantôt trop froides… Un ami cher qui nous quitte, un proche qui nous a blessé, un enfant qu’on renie, une mère qu’on insulte, un père qu’on menace, un sourire qui s’est perdu sur un visage vide, un mur de séparation…Certains ont beaucoup de mal à sortir de ce monde. Moi j’ai eu ma bouée de secours. Toujours elle a agi avec bienveillance. Elle est ronde et  noire et s’appelle zafu(*). Méditation, se ressourcer, retrouver ses propres marques, sa propre dignité et la confiance, cette bonne étoile. On cesse la lutte, on abandonne, on accepte l’humiliation totalement et la porte se réouvre, les murs disparaissent.

Le dernier monde est le monde des gakis, des esprits affamés. Un énorme estomac et un tout petit tuyau d’œsophage. Une faim insatiable, le monde des geek, des adolescents passionnés par le monde virtuel, Facebook et tous ces réseaux sociaux factices, le monde des esprits errants qui cherchent toujours et encore à retrouver ce qu’ils n’ont plus, à rétablir des liens qui sont perdus. C’est un monde illusoire d’où l’on ne veut plus sortir, les addictions sous toutes les formes sont trop fortes. Un monde parallèle, qui devient tellement réel que le retour au naturel n’intéresse plus. Quand la chimie du corps s’en mêle c’est le cercle infernal. Il faut faire une cure de désintoxication ou travailler sur soi-même sur les désirs et leurs causes. La voie du bouddhisme est vraiment celle qui va pouvoir agir dans ce monde, mais elle n’agira partiellement que pour revenir au monde supérieur des hommes.

Le monde des hommes est un monde passionnant. On y éprouve tout car il englobe les 5 autres mondes avec la passion et le savoir en prime, c’est à dire le moyen de surpasser l’ignorance par le Dharma (*). Il est unique dans tout le cosmos. C’est pour cela qu’il est supérieur mais l’homme ne doit pas se croire supérieur pour autant ! Tant qu’il ne maîtrise ni ses émotions ni ses désirs la compréhension du Dharma ne l’aide pas suffisamment et son esprit est un singe qui sautille de branches en branches, de mondes en mondes. Il doit passer par la petite case ronde et noire de zazen  pour ressentir le dharma !

C’est où déjà le dojo zen le plus proche de chez vous ?

©daniel Bukō Hōten❀

(*) voir glossaire

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7 commentaires

  1. Bravo Daniel, tu es tellement vrai et accessible dans ce texte très personnel. Encore, encore !!!
    Tu nous referas un poisson d’avril ? ça m’avait beaucoup plu !
    Bonne continuation, dans la neige !

    1. Yehp ! Probably good this post, hum … I mean … in the right way,you know but. As Y said, humour is missing badly there ! It’s actually unacceptable. Not a piece fo Sh… Y know… I’ve to be better on the 1st april ! Much better.
      ANTOINE KRAPOUTCHI

  2. Je n’ai pas eu droit au poisson d’avril mais je l’attends avec impatience cette année ! Joli billet pour entamer le mois de décembre…dans l’attente des prochaines sagesses, je vous salue cher ami ! :D

    1. On pourrait écrire un livre sur ce sujet n’est-ce-pas ? Ma première révélation a été avec Trungpa qui en parle presqu’aussi bien (wharf!) dans « le matérialisme spirituel ». C’est lui qui m’a fait comprendre qu’on passe d’un monde à l’autre en permanence….il y a 35 ans ! Depuis l’idée a mûri.

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