Peu importe ce qui nous arrive dans cette vie, il n’y a pas d’autres choix que de le vivre par nous-mêmes. Même si c’est douloureux, même à travers un doigt écrasé, on peut comprendre et réaliser la nature de Bouddha.(*)
Un jour le moine Gensha quitte le monastère de son maître Seppo pour visiter d’autres maîtres afin de trouver la vérité. Dès qu’il se met en route, il frappe son orteil sur une pierre. Son doigt saigne et Gensha souffre. « Les autres ne sont pas moi » pense-t-il. Il eut le satori. « Je ne me laisserai jamais plus trompé par les autres. »
En arrivant en Chine Dōgen voit un vieux tenzo (cuisinier du Sangha) qui vient acheter des champignons sur son bateau. Il a 22 ans il recherche la vérité et les textes sacrés, il est venu en Chine pour cela. Ce vieil homme l’intrigue, il lit dans son visage une profonde sagesse. Il l’invite à boire le thé, lui demande d’où il est, essaie de sympathiser avec lui pour le retenir un nuit et parler avec lui. Il propose de lui offrir quelque chose.
Le vieux tenzo décline » Si je ne suis pas rentré demain pour faire le repas, il sera mal fait.
— Il y aura d’autres moines pour préparer le repas ; il n’y aura pas de gènes.
— Dans mon vieil âge j’ai la responsabilité de ce travail. C’est la pratique d’un vieil homme, comment pourrais-je la confier à d’autres ? De plus je n’ai pas demandé la permission de passer la nuit dehors.
— Mais pourquoi travailler aussi dur ? Pourquoi ne pratiquez-vous pas zazen, ou n’étudiez-vous pas les textes anciens ? Y a-t-il un mérite particulier à faire ce travail de tenzo ?
Il éclata de rire » Mon brave petit étranger, vous ne comprenez pas rien à la pratique, ni plus au sens des mots !
Dōgen est confus, honteux et lui demande :
— Qu’est-ce que les mots ? Qu’est-ce que la pratique ?
— Si sur ce point vous ne faîtes pas d’erreur, vous deviendrez un homme de la Voie, répondit le tenzo. Il se leva, salua et partit pour son monastère.
Le travail du tenzo n’est pas affecté par le cru ou le cuit, par des ingrédients de bonne ou de mauvaise qualité. Dans notre vie aucune catégorie ne doit nous submerger, le bien, le mal, les opinions des autres, le succès ou l’échec.(*)
C’est cela le sens de la pratique. Faire ce que l’on a à faire sans se laisser influencer par les passions, les colères, les conflits, ni plus par les joies, les espoirs ou les mots. Sans rajouter à la douleur, quand simplement c’est nécessaire, les larmes peuvent couler d’elles-même. De toutes façons, personne d’autres ne ressent exactement ce qui nous émeut. La vie réserve parfois des super-illusions comme le disait Marpa(**) à son disciple qui s’étonnait de ses larmes à la mort de son fils, lui qui enseignait que « tous les phénomènes sont illusoires ». Tous les êtres sont unis dans la même condition qui les rattachent à la vie sur terre. L’existence conditionnée est souffrance, première noble vérité du Bouddha. Un peu plus ou un peu moins ? Que faut-il ? Si l’on n’éprouve plus rien, c’est pire ! La pire des brimades pour un enfant est d’être ignoré de ses parents. Alors oui, ne pas se laisser submerger par quoi que ce soit, mais rester attentif et réceptif au monde comme une bénédiction, accepter les sentiments qui arrivent, ne pas les rejeter. Les vivre pleinement puisqu’ils se présentent à nous, dans la simplicité et avec courage. Puis se lever et marcher, aller de l’avant et agir selon son choix, l’esprit vide de préjugés.
Peu importe l’opinion des autres, peu importe ce qui vient à nous, il n’y a pas d’autres choix que de le vivre par nous-mêmes. N’est-ce pas ?
©daniel Bukō Hōten❀
(*) extrait du livre p 47 » le chant de l’immédiat satori » Etienne Zeisler
(**) Au 11è siècle Marpa était le maître de Milarepa, il avait une vie ordinaire de paysan marié. C’est un des principaux maîtres de la lignée Kagyu.
Photos :
temple bouddhiste les maîtres de la lignée temple SAM POH in Brinchang (Malaisie- Cameron Island juillet 2009)©SEB
Joueur de contrebasse de rue, Amsterdam juillet 2004
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