Notre musée personnel un monde à part.

Une fois j’ai rencontré un célibataire qui cherchait un ami pour sortir le soir. J’avais répondu à son annonce pour la principale raison qu’il demandait de l’aide. Moi en 1998 je vivais seul, après un deuxième divorce sans heurt. Donner mon amitié à un inconnu était un don de soi qui me permettait de briser mon isolement. Dans son salon où il m’avait invité il y avait le canapé de sa mère, en tissu à fleurs aux couleurs délavées et trois poupées de porcelaine assises en prenant toute la place jamais occupée qui regardaient de leurs yeux vides. Je n’ai pu réprimer un mouvement de répulsion et ne pas sentir subitement l’odeur moite qui planait dans cette pièce. Pauvre ami de détresse dans quel monde vivais-tu ? Notre amitié n’a pas résisté longtemps à cette vision…On fait parfois des photographies avec son cerveau. Un instant subjectif qui devient éternel. C’est notre musée personnel.

01052013-DSC00761Dans mon bureau il y a un portrait peint par un ami qui faisait du zen avec moi à Colmar fin des années 80. Le titre du tableau est « le fonctionnaire ».  J’aimais bien cette peinture qui montrait à merveille l’univers carcéral et figé du fonctionnaire.  Dans mes moments de lassitude je le regardais accroché sur la porte des toilettes. Je me disais qu’heureusement je n’étais pas aussi coincé que lui, et j’ai rarement pris mon déjeuner à la terrasse d’un café… Maintenant que je suis à la retraite je me prends à regarder cette peinture craquelée. J’y ai rajouté une moustache blanche et le hasard veut que M. ait placé les antennes d’un déguisement sur l’étagère juste devant lui . En modifiant un peu les emplacements des boules j’ en ai fait une photo quasi-érotique ! Notre fonctionnaire se voit doté à présent des principaux chakras (tête, gorge, cœur, hara) et d’un sexe magnifique entre les deux mains !

Cette nuit éclairé par ma lampe frontale ce portrait est devenu une œuvre d’art éphémère.  On passe devant tous les jours et puis une nuit, il s’exprime totalement au point de prendre le devant de la scène et d’être ainsi longuement suspendu dans le temps.

Kunst ist überflüssig aber Kunst ist überall. C’est l’ambivalence du monde.

L’art est superflu ( citation de Ben) mais l’art est partout ! Il suffit de regarder autour de soi…de prendre son appareil photo et de figer l’instant. Ne vous laisser pas séduire dirait Jean Baudrillard ! « C’est l’absence du monde. Derrière la plupart des images quelque chose d’unique disparait, le secret, la mort. On a éliminé l’absence » dit-il.

Ce que j’ai fait de ce personnage c’est une transmutation de fonctionnaire, un mutant, un type qui n’en n’a plus rien à faire de la complexité de ce monde et qui s’illumine tout seul, un peu comme DBKHT sur ce blog …Quand le monde devient trop compliqué, oubliez-le et distrayez vous de toutes vos forces ! Faites de vos objets familiés un musée personnel. Tout comme vos souvenirs ils sont éphémères. L’art est superflu mais l’espace d’un instant l’objet prend vie grâce aux mains de l’artiste et c’est unique !

©daniel Bukō


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3 commentaires

  1. Certainement que les premiers êtres vivants ont du lutter pour se nourrir, pouvoir se reproduire en paix, fuir les dangers naturels
    et puis un jour, UN (symbolique) a du pianoter sur un morceau de bois, UN (autre ou le même ;) ) a du essuyer ses mains pleines de boues dans un gracieux mouvement sur la paroi de la caverne, UN a fait des sons pour ne rien dire
    C’est dans tous ces riens, qui ne servent à rien que peut être est né l’art
    C’est pour pour moi la capacité à ne rien faire d’utile, nécessaire, vital, mais être dans une gratuité qui permet de toucher qq chose en l’humain, qq chose de nécessaire, qq chose d’utile, qq chose de vital, pourtant !

    chaleureusement

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