Je viens de revoir avec plaisir le film FESTEN de Thomas Vinterberg (1998). Tourné dans un format 35 mm alternant amateurisme , caméra à l’épaule ce film est, par cet aspect, lié aux préceptes du Dogme 95 lancé par Lars Von Trier, ce génie du cinéma. On sait que le manifeste du Dogme se caractérisait par un rejet déclaré de l’artifice, des trucages, des « effets », des prises de sons réalisés hors les images, le film doit être tourné ici et maintenant. Pas de détournement temporel ou spacial : c’est donc un vrai film zen. Cela force incroyablement la vérité à sortir des personnages. Comme le zazen qui force la vérité intérieure à sortir de nous …
Des personnages il y en a 5 :
– Le bel héros joué par Ulrich Thomsen, c’est Christian qui incarne la vérité, la sensibilité, les vrais valeurs de la vie bafouée par une enfance difficile, la réussite sociale malgré tout. Célibataire très apprécié d’une jolie serveuse Pia, mais qui semble rêveur, ailleurs, en deuil de sa soeur Linda probablement.
– Son plus jeune frère Michael entre en scène rapidement (juste après Christian) et c’est un modèle de brutalité gratuite, de machisme, de bêtise à l’état pur, de conformisme dans son genre révolté mais prêt à tout pour avoir le pouvoir, de psychopathe incontrôlable, de râleur invétéré ne sachant que distribuer du mépris aux inconnus comme ce charmant maître d’hôtel qui reste stoïque ( j’ai pas dit zen !). On l’aime bien dans la famille parce que c’est le petit frère celui qui n’a pas vraiment réussi, le petit « Dingo » comme l’écrit Linda dans son petit mot,
– Sa soeur Hélène encore vivante qui est le portrait de Marine Le Pen dans sa stature pleine d’énergie et autoritaire. La ressemblance s’arrête là car elle est non-conformiste, un peu allumée juste ce qu’il faut, sympathique et en symbiose avec son frère Christian. Elle a de l’autorité sur Michael. Son copain est noire de peau, ce qui rend fou de rage Michael qui refuse de le faire entrer.
– La soeur jumelle Linda morte il y a un an, qui semble être là comme l’oeil de Dieu observant le château, derrière la caméra qui prend parfois du recul, comme un esprit qui serait logé dans le fond d’un placard. Elle a souffert comme Christian de son enfance et elle s’est suicidée pour celà. On lira sa lettre cachée à la fin du film. C’est le moment le plus émouvant du film, cette lettre lue par Hélène après avoir suivi quelques flèches dessinées sur les murs; au plafond etc…, puis cachée dans un tube d’aspirine et retrouvée par Pai.
Et bien entendu le père Helge qui fête ses 60 ans, et pour lequel toute la famille et les amis en très grand nombre sont réunis. Le personnage du film est abject, imbu de sa puissance, ignoble et globuleux , riche et satisfait de lui !
C’est le grand déballage ! Christian va dire publiquement dans un discours qui commence, comme tous les discours de tous les repas de famille de par le monde, par un petit coup du dos du couteau sur le verre en crystal ,en plein au milieu de la soupe au homard et à la tomate. « Ding ! » Tout le monde se tait. On a vu une minute avant qu’il hésitait à parler. Son discours est parfaitement maîtrisé, le cuisinier relaie ce discours à tout son staff en cuisine par un haut-parleur. Là on est préparé. Il va se passer quelque chose. Il propose d’abord à son père de choisir entre le discours jaune ou le vert. Le père choisit le vert ,et là c’est la grande claque ! Le discours est un discours de vérité intitulé « Quand Papa prenait son bain ». Evidemment tout le monde rit mais on sent une légère crispation sur le visage du père. Christian raconte d’abord une histoire bon enfant des petits mots qu’ils cachaient dans les plats des clients du restaurant avec sa soeur, puis 1mn 39 après le début du discours (timecode 34:39) il parle des bains de son père, ce père qui les emmenait lui et sa soeur dans son bureau pour les violer. Evidemment tous les invités sont pétrifiés et après s’être ressaisis ils vont tous chercher à quitter ce château mais le chef cuisinier, ami d’enfance de Christian en a voulu autrement. En bon chef il ordonne à ses troupes de cacher toutes les clefs des voitures après ce discours. Pas de fuite possible….
Ce film fait du bien parce que ça fait du bien de mettre au grand jour ces non-dits. La mère qui tente malgré tout de sauver son mari fait honte, on comprend qu’elle a vu la scène au moins une fois et n’a rien dit.
Quand la vie est un psychodrame on ne trouve pas beaucoup de moyen d’évacuer la pression qui nous assaille. Tout devient angoissant. Même prendre sa voiture devient angoissant. Le lendemain paraît angoissant. Le week-end paraît sympathique mais on ne trouve rien à faire. On n’a plus la moindre énergie pour aller de l’avant. On nous a mis un bâton dans la roue du vélo. On ne peut plus agir. Alors il faut trouver un moyen d’évacuer ce stress. Regarder ce film a cette vertu salutaire ! Un langage franc et bien droit sans être langage de vérité a aussi cette vertu. Il y a beaucoup trop d’hypocrisie dans ce monde.
Mort à l’hypocrisie !
Dois-je préciser en conclusion que ce qui m’a sauvé de ce psychodrame du monde du travail c’est le zen ? Je n’ai jamais cédé un pouce à l’hypocrisie collective, j’ai fait face jusqu’au bout. Comme Christian dans le film j’ai gagné. Son père en partant seul, sans plus personne pour le soutenir pas même sa femme, avoue à la fin du film « tu t’es bien défendu, Christian ! « . Le plus horrible ? L’aveu du père.
time code : 1:21:31
— Je n’ai jamais compris… Pourquoi tu faisais ça ? demande Christian
— Vous ne valiez pas plus que ça ! répond le père en quittant la salle à manger.
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vu ta photo on pourrait penser que le film se nomme Fesse ten !!!
Bref, je ne suis pas d’accord avec toi sur « le plus horrible c’est l’aveu du père », au contraire, l’aveu de l’agresseur c’est ce qui va permettre à la victime de commencer à se reconstruire, c’est quand les agresseurs persistent à nier les faits que c’est le plus terrible psychiquement pour la(les) victime(s).
Fesse Ten comme Bukoho Ten ?
D’accord avec toi l’aveu est important pour les deux, pas seulement pour la victime d’ailleurs, mais quelle pitoyable raison … il aurait pu dire parce que j’aime le son du cor au fond des bois, ou le bramement du cerf en ruth, mais prétendre que ses propres enfants ne valent rien c’est se tirer une balle dans le pied.
Je l’ai vu ce film, 2 fois, il m’a beaucoup marquée. Encore faut-il pouvoir parler, oser parler comme l’a fait le frère survivant… D’accord avec vous deux, l’aveu est important, la reconstruction peut démarrer mais aussi d’accord avec Daniel quand on a un père qui parle de vous ainsi, le travail de reconstruction risque d’être long, s’il aboutit… quant à la soeur morte, elle ne semble pas susciter la moindre émotion au père, si on peut appeler cet homme un père… La parole est comme souvent libératoire.
Bien rigolo le fesse Ten… note d’humour en préambule d’un texte/sujet bien grave.
Sur un autre thème, vu hier soir « A perdre la raison », je vous le conseille, amis cinéphiles.
J’ai vu le film aussi, il y a 2 ou 3 ans. Beau mais assez déprimant aussi. Je t’ai répondu sous forme d’article sur mon blog à propos d’un autre film terrible qui sort dans nos contrées : « Amour » de Michael Haneke…
je vais aller voir ça merci .