Sage conseil donné que de suivre ses rêves, n’est-ce pas ? C’est celui donné ce matin par le livre magique d’Henri Gougaud : le livre des chemins. Littéralement : Perdu d’avance est l’homme qui ne suit pas ses rêves.
Que dit le zen sur cette question ? Dōgen écrit dans le Shobogenzo, son premier livre : » Parler de ses rêves à un fou… Penser à la méditation et la réaliser sont deux choses différentes. Nous enseignons que c’est la même chose parce que la réalisation vient de la pratique, qui est la voie de dévotion du débutant pour trouver le satori(*). La pratique de l’esprit du débutant est elle-même entière réalisation, satori. »
Ainsi penser à la méditation n’est pas un bon rêve, pas celui qui convient pour pouvoir la réaliser. Donc ne cherchez pas trop de conseil du côté du zen. Pratiquez, et en zazen ne suivez pas vos rêves. C’est le message de sagesse de Dōgen, celui du sōtō zen. Sinon c’est autre chose. Les bouddhistes tibétains s’entrainent à la méditation en visualisant des ydams aux qualités bénéfiques au dessus de leur tête. Dans le zen c’est inutile. Pas de cinéma SVP. Les yeux mi-clos pour éviter le cinéma intérieur ! Concentrez-vous sur l’expiration ! Point.
Pour autant le rêve est-il concevable pour un adepte du zen ? Ne faut-il pas cesser de s’évader pour rester en tout acte en parfaite conscience ? Cette attitude est d’autant plus méritante qu’elle demeure ouverte, et pas simplement repliée sur elle-même. Il y a façon et façon d’être présent à ce qu’on fait. Le genre de fausse zen’attitude : « Quand je mange, je mange ! « n’est pas méritante, pour celui qui reçoit cette réflexion en pleine figure, elle est même méprisante. Oui à l’attention minutieuse en toutes circonstances, mais non aux paroles qui en font état !
Peut-on se projeter, se voir, par exemple, là où l’on est quand on n’a plus aucun désir ? Quel est cet endroit où les désirs sont éteints ? Plus faim, plus soif, plus d’appétit sexuel, plus besoin de rien ? Rien de rien : mais si ! Cet endroit doit être calme et pacifique et je veux y méditer ! On ne peut pas méditer à côté d’un nids de guêpe ! Ainsi l’endroit où il n’y a plus de désir est imaginaire. On l’espère calme cet endroit, heureux et dénué de toute aspérité extérieure. L’intérieur, s’il est en parfaite harmonie, influe sur l’extérieur mais pas au point d’arrêter un vent à 280km/h. Oui notre aspiration à l’imaginaire est légitime. Vouloir se fondre dans le Cosmos est une projection comme une autre, je veux dire aussi fausse que les autres. Les projections sont inévitables.
Sur un plan personnel il est souvent très utile de bousculer ses habitudes, de se remettre en question, de se demander si on n’a pas manqué sa vie. A un âge avancé on fait nécessairement le bilan de sa vie. Si on en reste là on a tord. A tout âge on peut se remettre en question et changer ou rêver d’autre chose, encore et encore. Car sans le rêve comment pourrait-on survivre ? Le rêve est utile, il donne l’espoir, il suscite l’envie il est le piment de la vie, mais …
Le problème c’est de trouver son propre rêve avant qu’il ait été pollué par l’imaginaire collectif, le monde des images, le monde de la consommation. Façonné par notre conditionnement d’hier, nous sommes plongés dans un monde idéal qui est à l’opposé de ce dont on a besoin. Quelque fois il vaudrait mieux pour seule intuition suivre la direction exactement opposée à celle qu’on vous propose. C’est probablement celle qui vous rapprochera le plus de votre idéal.
Alors quel est votre vrai rêve ? Posez-vous cette question.
Vous comprendrez facilement que le seul moyen de trouver le rêve qui vous est propre, c’est d’abandonner la lutte, d’accepter votre situation d’aujourd’hui telle qu’elle est sans rien vouloir changer. Lâcher-prise totalement, puis vous pourrez envisager la suite et tourner la page, si besoin. Le rêve ne fait pas de mal, ne vous en privez pas mais concevez-le, façonnez-le par vous- même…
Ensuite il y a le rêve à concilier à deux. Là ce n’est pas gagné, mais que c’est intéressant ! Il faut accepter la limite de l’autre si elle ne détruit pas votre rêve de fonds en comble ! Un vrai challenge ! L’autre n’est pas un objet dans le décor…Attention : vouloir sortir de sa solitude ce n’est pas y emprisonner quelqu’un d’autre ! L’autre n’est pas un rêve en soi. Eviter aussi de le rêver différemment. Que c’est compliqué le domaine des rêves….Finalement rester seul c’est plus simple, non ?
Alors perdu ou pas l’homme qui ne suit pas ses rêves ?
Dans le domaine spirituel il est essentiel de continuer à poursuivre ses rêves. C’est le vrai sujet et j’ai oublié de l’aborder! ! Tant pis je le laisse pour…demain. Rester toujours en quête, cherchez sans relâche, dans le domaine spirituel la quête est sans fin ! C’est d’ailleurs dans ce premier sens que m’est parvenu le message d’ Henri Gougaud ! Merci à lui le roi des conteurs ! Un magicien !
Demain est un autre jour…tellement autre, vous ne pouvez pas l’imaginer !
©daniel Bukō Hōten❀
(*) voir glossaire
photo : Malaisie 07/2009
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Et il faut croire aussi au père Noël !
J’aime bien cet article ainsi que ce qu’écrit Henri Gougaud. « Les 7 plumes de l’aigle » tout particulièrement.
Et qu’écrit-il donc (si on peut résumer en quelques lignes) ?
Ce que j’en ai retenu : être à l’écoute des signes, dépasser ses peurs, nous sommes exactement à notre place là ou nous devons être, être à l’écoute de l’invisible et ne surtout pas se limiter à ce que l’on nous apprend de concret, ouvrir son esprit à l’improbable. La dimension religieuse aussi, voir chamanique qui nous aide à dépasser nos peurs. L’aide « magique » qui peut nous être apportée dans les moments difficiles… Savoir la reconnaître. Dans ses textes, il n’y a pas de jugement sur ce qui est bien ou mal d’après les concepts religieux que l’on nous inculque. Il nous incite à croire aux miracles et à voir la vie comme quelque chose de magique. Que nous sommes le « résultat » de nos parents,ancêtres, qu’ils sont en nous.
Je relis de temps en temps les 7 plumes de l’aigle. C’est un livre qui fait du bien.
Bonne journée à toi Daniel.
Merci. J’ai lu Bélibaste et son antithèse L’inquisiteur au temps lointain où je vivais à Carcassonne…Superbes !
Ils me tentent ces 2 livres ! J’avais lu du même auteur 2 ou 3 livres empruntés à la médiathèque ; je ne me souviens plus des titres mais j’ai le souvenir de contes.
Je vais commander le Livre des chemins, Balibaste et L’inquisiteur.
Je me transforme en père Noël pour moi m’aime !
toi-même ! Lapsus ?
En tout cas tu as bien raison de t’aimer !
pas lapsus du tout !
Lis Belibaste en premier …
Oui Monsieur Daniel, bien Monsieur Daniel !
Le livre des chemins est en rupture de stock… La libraire a dit qu’elle essayait de le commander malgré tout… On verra bien…
Tout un chemin !…
Normal pour un livre magique !
Bonjour Daniel,
J’ai terminé l’inquisiteur (des problèmes de concentration au début) puis ce fut facile. J’ai adoré ! On part souvent avec des a priori sur les personnages et finalement nous les trouvons fort sympathiques et terriblement humains comme cet inquisiteur !
Belibaste et l’inquisiteur sont des livres à conserver précieusement dans notre bibliothèque : y sont abordés ce que nous nommons le bien, le mal ; la culpabilité, nos grandes failles, nos faiblesses… avec beaucoup d’humanité. Deux livres qui font du bien.
Merci encore pour les conseils. Je t’ai mis aussi un mot chez Mau !
Bien à toi
J’ai aussi entre les mains en ce moment Petits contes de sagesse pour temps turbulents d’Henri Gougaud toujours.
Très bien aussi.