L’essence du Zen

Le Shin Jin Mei, premier texte zen (Ch’an) comporte 146 phrases et 73 versets. Ces poèmes sont de Sosan (?-606) qui fut guéri de la lèpre par le zen. Habituellement on prend les versets les uns après les autres et on les commente, mais on peut aussi les lire rapidement pour s’en pénétrer. Voici une traduction libre  des 17 premiers versets pour vous en donner la compréhension immédiate :P , l’essence du zen.

J’ai donné une explication plus détaillée de la 7  <cliquer ICI>

  • 1 : Pénétrer la voie n’est pas difficile, mais il ne faut ni amour, ni haine, ni rejet
  • 2 : Sans haine ni amour la compréhension apparait spontanément claire…
  • 3 : Si il y a une aspérité dans votre esprit-> vous vous éloignez de cette compréhension.
  • 4 : Si nous sommes ici et maintenant, les idées de juste et de faux sont oubliées.
  • 5 : La recherche du juste et du faux nous emprisonne.
  • 6 : Si nous n’allons pas à la source des choses, notre esprit se fatigue en vain
  • 7 : la vie est ronde, en paix, large comme le vaste cosmos, sans notion de demeurer ou de rompre.
  • 8 : Tant que nous cherchons à prendre ou à rejeter nous sommes enchaînés.
  • 9 : Ne courez pas, ne demeurez pas.
  • 10 : Si votre esprit s’apaise, il disparait.
  • 11 : Si nous cessons de nous agiter, notre esprit se calme et ce calme entraine à nouveau le mouvement.
  • 12 : Si nous demeurons aux deux extrémités comment pouvons-nous n’en comprendre qu’une seule ?
  • 13 : Si on ne se concentre pas sur l’originel, les mérites des deux extrémités sont perdus.
  • 14 : Si nous ne considérons que notre existence, nous nous perdons dans celle-ci, mais si nous suivons ku, l’absence, nous sommes contre le ku.
  • 15 -16 : Paroles justes, pensées justes ce n’est pas la seule vérité. L’abandon du langage et de la pensée nous permet de résoudre la Voie dans sa globalité.
  • 17 : Si nous retournons à la source, nous touchons à l’essentiel mais si nous regardons les reflets, il nous échappe.

On fait une petite pose pour  souffler un peu, respirer profondément.

Qu’apprend-on par ces 17 stances ? Elles nous disent qu’il faut essayer d’aller à l’essentiel en toute chose. Etre ici et maintenant, cesser de juger (juste /faux, amour/haine) pour ne pas avoir à rejeter ; ne pas chercher à garder ; et acquérir une vision globale qui englobe les extrémités sans en choisir une des deux.

Au bout du compte il nous faut abandonner le langage et la pensée, nous laisser porter par notre intuition guidée  entre ses deux garde-corps (ne plus juger, ne pas choisir) et conserver une  vision globale comme point d’horizon. Accepter notre existence comme illusoire, mais ne pas croire que l’illusoire existe pour autant. Et se concentrer sur l’originel,  faire zazen (*), ne pas regarder les reflets des choses. Il est vain de chercher toujours une Vérité (verset 9) pour y rester car si on y reste elle s’échappe.

Inutile de vous dire d’en faire bonne usage, un texte comme celui-là est auto-protégé. Il se répand dans l’Univers comme le vent, sans entrave et sème ses fruits. C’est du concentré. Il va à l’essentiel de l’essentiel au cœur du zen.

J’attends vos commentaires ! (Cliquer sur le titre de l’article pour entrer dans la page complète)

© Daniel Bukō HōTen

(*) voir glossaire


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14 commentaires

  1. Bonjour Daniel, la 1ère fois que j’ai lu lu le SJM, ce fut un coup de massue. L’esprit du Bouddha, des indiens, des chinois, du tao, pour la 1ère fois et sublimement exposé, la rencontre des deux univers, indiens et chinois a donné 1+1=3. Le tout est plus que la somme des parties, pour moi c’est cela le SJM. Sosan, parmi tous les maitres est celui qui m’a le plus ému. « Maitre, par mes fautes passées, je suis affligé aujourd’hui de la lèpre, comment m’en libérer ? » Je ne crois pas que Sosan s’affligeait sur la lèpre, ni sur ses fautes karmiques, mais sur le fait qu’il ne pouvait pas s’en libérer, il constatait qu’il ne pouvait pas se libérer de ses fautes karmiques, plus exactement de l’attachement qu’il y portait, tant, je pense, elles lui paraissaient énormes et impossible à effacer, en d’autres termes, il ne pensait pas qu’il puisse être pardonner, obtenir ou réaliser ce pardon qui guérit. En définitive, ce fut le cas, mais obtint-il la « compréhension » par zazen ou par la grâce du Gourou, du Maitre, ou de Bouddha, ou de Dieu ? les deux ? aucun des deux ? le SJM répond à toutes ses questions par la verset 5. J’aime bien ta traduction.

    1. Merci Benoit, en espérant que tu pourras te libérer de tes souffrances (que tu m’ as confiées) par ta foi en zazen comme Sosan. Le maître est bien difficile à trouver quand on le cherche. Mais par ce texte on se remet sur la bonne voie !

  2. En fait, je suis charmée par ces versets. Mais j’ai besoin de les relire encore. Mon esprit tourne actuellement sur lui-même pour sortir du paradigme, et la phrase lue, n’est pas intégrée (comprise). Normal, ce n’est pas le but !
    Article que j’aime beaucoup. Je ne sais pas encore ce qu’il m’apporte mais il me marque.

    Biz

    1. Ce que tu dis est très (comme d’habitude :mrgreen: ) intéressant, car en effet il me semble que les voies mystiques , comme celle du zen impose un changement de paradigme
      on ne peut donc le saisir en « tournant sur soi-même », il faut « changer de niveau », « sortir du système actuel » etc
      et c’est en cela que zazen, la méditation assise silencieuse sans objet est la porte d’entrée sur ce changement de « niveau » (pas au sens plus ou moins, mais différent)

      chaleureusement

      1. @ Daniel :
        Je ne suis pas sûr d’avoir exactement saisi la motivation de la réponse, je vais donc y rajouter qqs grains de sels, mais peut-être tomberont-ils à côté du plat principal (mais pas grave il parait que cela porte chance :mrgreen: )

        1/// il ne faut pas oublier les bases du bouddhisme, Bouddha a dit (semble-t-il, car de quoi est-on sûr ?) que ce qu’il enseignait était pour sortir de Dukha (traduisons le comme tout le monde par « la souffrance » bien que le sens puisse être à mon avis, plus mal-aise, insatisfaction). Tout être vivant recherche le bonheur durable. (même les masochistes ! :) ) Le pb est que l’humain n’emploie pas le bon chemin pour y arriver. Ce qu’il met en place au contraire l’enferme dans cette « souffrance » (samsara). Ce que propose le bouddha est donc le moyen de sortir de cette enfermement.

        2/// Les textes du Mahayana en général, les sûtras en particulier, et ici un texte chan (Chinois), ne sont pas à prendre « au pied de la lettre », cela serait contradictoire avec la vision de « la Grandeur » qui est justement de sortir (du risque) de la conceptualisation. C’est pourquoi les sûtras mahayana ressemblent plus à des mangas un peu fous qu’à des textes historiques ou réels, que les textes chan sont plus sous forme de poésie ou que les maîtres zen ont bcp enseigné sous forme de haïku, le summun étant la pratique du kôan question qui n’a pas d’importance dans la réponse attendue mais simplement dans le « déméningement » procuré ;) .

        chaleureusement

      2. dans l’article les contrefaçons du zen

        « Trouvons le zen du Bouddha.Il faut apparaître un homme nouveau qui n’a besoin de rien, pas même de la vie… quand zazen est fort, soudain d’un coup on réalise le zen du Bouddha  »

        conclut Kôdô Sawaki. Retournons nous asseoir sur le zafu dans le dojo, et si on s’endort un peu pendant le kusen tant pis ! Ce n’est que le zen animal mais on y est bien !

      3. Oui Daniel, par contre pas sûr que Kodo Sawaki faisait des kusen :mrgreen:
        Si on relit « réalité du zen » c’était le zen sans jouets qu’il met en avant

        chaleureusement

      4. Daniel, tu as changé ton thème ? Avant j’avais des tas de pbs pour poser ma logorrhée lalomaniaque et maintenant c’est tout super ! j’arrive à tout voir ! (auquel cas merci :) )

    2. à Maud (Spirituelle!)
      1 : Pénétrer la voie n’est pas difficile, mais il ne faut ni amour, ni haine, ni rejet
      9 : Ne tournez pas, ne demeurez pas.
      Ne cherche pas à sortir de quoi que ce soit ! Tu seras contre !

      1. Tu fais bien de me le rappeler Daniel ! ;-)

        Ps: je m’appelle pas Maud. Mau tout court. Mais ça me fait sourire!
        Biz

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